Théodore de Bry

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Parmi les trésors de la Bibliotheca Bodmeriana figure l’un des monuments de la littérature géographique de la Renaissance : la collection des Grands et Petits voyages (India Occidentalis et India Orientalis) de Théodore de Bry.

Initiée par le graveur et éditeur réformé en 1590 et poursuivie par ses descendants jusqu’en 1634, cette vaste entreprise de publication se démarque essentiellement par les splendides gravures sur cuivre qui illustrent quelque cinquante relations de voyages à travers le globe, répartis en vingt-cinq volumes. Traduits en latin et parfois détournés de leur version originale, ces récits sont agrémentés de près de 600 planches donnant à voir au lecteur européen, souvent pour la première fois, les étrangetés du Nouveau Monde, de l’Afrique, de l’Asie et des océans.

Si les gravures des Voyages frappent d’abord par leur beauté et leur minutieuse exécution, si elles véhiculent une information considérable sur les autres mondes, elles témoignent aussi d’une élaboration stratégique qu’il importe de mettre en lumière. En confrontant ces planches aux textes qu’elles illustrent, en examinant les rapports qu’elles entretiennent entre elles ou avec l’iconographie préexistante, on proposera une lecture critique de ces images, qui puisse rendre compte des prismes à travers lesquels elles représentent le lointain.

Par le biais d’une monographie et d’une exposition virtuelle en ligne, le projet Théodore de Bry vise ainsi à offrir aux chercheurs et au public un nouvel éclairage sur ce chef d’œuvre éditorial encore largement méconnu.

Légende des illustrations:

1) Tandis qu’il s’approche des côtes de la Nouvelle-Zemble, le navire du pilote Willem Barents heurte un iceberg et subit de nombreux dommages. Barents et un compagnon, visible ici à la proue du bateau, échappent à un grand danger. Le navire sera finalement remis à flots au moyen de tonneaux placés sous la coque (Gravure tirée du récit de Gerrit de Veer, in Théodore de Bry – India Orientalis III (Petits Voyages, vol.3), Amsterdam, 1598, p.18v°).

2) Les Tupininkins capturés au combat sont conduits au village des Tupinambas où Hans Staden est lui-même captif. Chaque guerrier amène ses prisonniers chez lui, tandis que les blessés sont immédiatement assommés, découpés en morceaux, rôtis sur le boucan et mangés. Deux métis chrétiens, ici reconnaissables à leurs moustaches, subiront le même sort sous les yeux de Staden (Gravure tirée du récit de Hans Stadem, in Théodore de Bry – India Orientalis III (Petits Voyages, vol. 3), Francofurti, 1592 (1ère édition), p.80).