Rabelais

   

« Homère bouffon », « Eschyle de la mangeaille » : Victor Hugo ne croyait pas si bien dire en trouvant des ancêtres grecs à l’auteur de Pantagruel. Dès ses années de « moniage », Rabelais se consacre à l’étude du grec, cette langue « sans laquelle, écrira bientôt Gargantua à son fils, c’est honte que une personne se die sçavant ».

La Fondation Bodmer conserve un recueil de textes classiques (Hésiode, Théocrite, Plutarque, pseudo-Proclus) grâce auquel le Chinonais put parfaire sa connaissance de la langue ancienne : c’est, en l’état actuel de nos connaissances, le plus ancien livre possédé par Rabelais qui nous soit parvenu – et l’échantillon le plus précoce de son écriture, tous documents autographes confondus. Feuilleter ces pages annotées par le jeune helléniste nous invite à remonter le temps, jusqu’à une période haute (autour de 1520, ou même quelque peu auparavant ?) durant laquelle, en Poitou, frère Rabelais n’est pas encore le géant des lettres qu’il deviendra – ni même seulement le très-facétieux Alcofrybas Nasier.

Autour de cette relique, la Bodmeriana conserve en outre une dizaine d’éditions anciennes de la fiction pantagruéline, qui comptent parmi les plus rares (de Pantagruel aux premiers recueils d’Œuvres parues dès la mort du Maître en 1553), ainsi que deux exemplaires du xvie siècle de la célèbre « traduction » de Johann Fischart, qui assura durablement à Gargantua et Pantagruel leur réception dans le monde germanique.

Légende des illustrations:

1) Frère François Rabelais, de Chinon : ex-libris autographe, à la fin d’une édition de Plutarque publiée par Gilles de Gourmont avec sa marque (Paris, 1509).

2) Soulignements et annotations marginales autographes, en grec, dans l’opuscule De la superstition de Plutarque (Paris, G. de Gourmont, ca 1512).