Une expérience de numérisation augmentée

 

The Bodmer Lab collabore cet été avec l’équipe du projet eFacsimile du Laboratoire de Communication Audiovisuelle dirigé par Martin Vetterli à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Nous lançons une série de recherches exploitant une modélisation informatique dynamique de livres précieux. Nous accueillons donc dans nos locaux, à la Fondation Martin Bodmer de Cologny, une table de numérisation expérimentale spécialement créée pour numériser les documents de la collection.

La technologie mise au point par Loïc Baboulaz et ses collaborateurs consiste à faire varier les sources lumineuses lors de la capture des images de l’objet numérisé, de manière à en reproduire sur écran les moindres aspérités à l’aide de logarithmes. L’objet réagit alors à des simulations d’environnement divers, et peut même répondre, moyennant des capteurs adaptés (tablette, smart phone), aux paramètres ambiants de luminosité. Le livre précieux surgit tout à coup dans notre quotidien avec un degré de précision inégalé.

Le Bodmer Lab exploite cette technologie à des fins scientifiques. Il s’agit, pour nous, d’utiliser des ressources digitales inédites pour formuler des hypothèses sans précédent sur l’histoire de la culture.

Les spécialistes de la « bibliographie matérielle » explorent d’ores et déjà les premières éditions de Shakespeare. Ils y repèrent bien plus de détails qu’à l’œil nu. On peut attendre de ces enquêtes une meilleure connaissance de la manière dont le dramaturge fut édité au XVIIe siècle et, plus largement, des aperçus neufs sur l’édition européenne à l’époque moderne. C’est un premier exemple du potentiel scientifique de cette numérisation augmentée.

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Les simulations rendues possibles par la technologie du LCAV ouvrent aussi un pan passionnant de l’histoire de la lecture : un « même » livre s’offre-t-il à ses lecteurs de la « même » façon, selon qu’ils le parcourent à la lumière du soleil, à la bougie, à la lampe à incandescence ou à l’éclairage LED ? Le cerveau est-il sollicité de manière analogue dans ces différentes situations ? L’information livresque est-elle capturée et traitée pareillement ? Une phénoménologie de la lecture nourrie des neurosciences pourrait trouver là un nouveau champ de recherche.